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"Changer : méthode"




Edouard Louis est un écrivain jeune (29 ans) mais qui a vécu, « trop vécu » témoigne-t-il « j’avais connu la misère, la pauvreté de mon enfance ». Il a surtout été confronté à la violence et la haine obsessionnelle des communautés rurales envers la différence, que ce soit l’étranger ou l’homosexuel. Son premier livre, En finir avec Eddy Bellegueule, à mi-chemin de l’autobiographie et de l’enquête sociologique avait été une révélation pour moi lors de sa sortie en 2014. La misère sociale qu’il dévoile dans sa région de Picardie, j’en ai été témoin, moi-même, ayant été élevée dans ce même environnement rural mais « bourgeois ». Ses échappatoires seront le théâtre, les études et l’amitié. Si son corps le gêne et va être l’enjeu de beaucoup de souffrance, il trouvera néanmoins des voix de compensations sexuelles dès qu’il pourra s’évader de cet environnement clos. Sa vie intime et personnelle est exposée depuis ses premiers ouvrages, elle sert même de vecteur pour analyser son évolution, son décentrage, son changement, pour exprimer ses idées politiques. Dans ce dernier livre et cinquième récit autobiographique, il reprend ce parcours de vies qui lui a demandé beaucoup de volonté et de ténacité. Il s’est appuyé non seulement sur le travail scolaire, la lecture abondante et, sa propre combativité mais aussi sur de très belles rencontres à qui il rend hommage. D’abord Elena et sa famille à Amiens lui permettront de rentrer dans le milieu bourgeois et d’apprendre les codes d’usage. Ensuite, un enseignant sociologue, philosophe, Didier Eribon, lui aussi, déraciné de sa ville de Reims, sera un modèle et aidera à sa transformation par les savoirs et la connaissance.

Enfin, l’écriture d’Edouard Louis soulève les émotions et donne de la force à sa sincérité et son engagement. Sans concession, il avance coûte que coûte pour s’extraire de sa condition tout en gardant des valeurs profondes et humaines. « J’allais devenir étudiant, le mot étudiant me coupait radicalement de toi et de notre monde, dans le village quelqu’un qui disait « Ma maison de campagne » ou « Ma femme de ménage » comme une expression qui marquait une frontière, définitive, infranchissable, et je passais de l’autre côté de cette frontière. »


Marie-Odile


Ecouter l'interview d'Edouard Louis à France Inter



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