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CINEMA : LA FAMILLE ENCORE ET TOUJOURS….


La famille est un sujet qui revient souvent dans le cinéma et nous ne cessons d’interpeller ce concept sociologique et psychologique aussi dans le travail social. L’enfant est au cœur de la souffrance familiale et le regard du cinéaste va nous permettre de travailler sur nos différentes représentations. Le cinéma évolue, la famille aussi. Dans ces trois films récents qui sortent dans les salles actuellement, nous allons croiser trois thèmes qui retiendront notre attention : le premier la famille marginale, et la famille recomposée, le second la famille monoparentale dans les années 80, et dans le dernier la fratrie et ses échecs relationnels.


Dans le film Tom de Fabienne Berthaud (2022) nous allons découvrir une relation mère-fils assez touchante dans une nature très bien filmée à la fois hostile et hospitalière. Une maman très jeune, qui s’est battue pour élever son fils, qui a été elle-même éduquée par l’Aide Sociale à l’Enfance et fragile. Un fils de 11 ans environ, plus mature, à moitié surdoué, très débrouillard, se retrouvant néanmoins très seul dans cette existence de Mobil-Home, à la lisière de la forêt. Cela pourrait être un conte poétique d’autant plus qu’un homme rode comme un Ogre dans les parages du lieu. La photo du film est magnifique, nous sommes le plus souvent à la hauteur de l’enfant. L’histoire n’est jamais misérabiliste mais tend peut-être parfois vers la facilité pour raconter une histoire de famille qui va se recomposer grâce à une relation humaine autour d’une vieille femme. Ce que j’ai apprécié c’est la subtilité de la réalisatrice à explorer la notion de couple très jeune, de couple qui a vécu des traumatismes. Une jeune femme qui s’est retrouvée seule avec un enfant à élever et un homme qui s’est construit en prison. Parents souvent rencontrés en Protection de l’enfance. Un enfant qui doit subsister et se battre. Tout ceci se découvre autant par la caméra, la photo que par les dialogues. Certaines critiques disent que c’est un film qui flotte parfois, mais il est joliment interprété par Tanguy Mercier, l’enfant, Nadia Tereszkiewicz, Felix Maritaud le père et la vieille femme, Madeleine Claudine Acs.


La mère élevant seule ses enfants nous la retrouvons aussi dans Les passagers de la nuit réalisé par Mikael Hers (2022).


Une mère, Elisabeth, prenant une belle place dans ce film très bien interprétée par Charlotte Gainsbourg. Ce film m’a fait pleurer dès les premières images, une femme si fragile qui se retrouve seule, elle vient d’être quittée par son mari et doit assurer le quotidien de ses deux adolescents, Mathias et Judith. Une famille cultivée, qui lit beaucoup et écrit. La mère écoute la radio la nuit, un bel appartement. Nous sommes dans les années 80. Le grand père, joué par Didier Sandre dévoile un jolie place de père de femme adulte. Le jeu d’acteurs est excellent. C’est un très joli film sur les attachements, les liens, les sentiments et tout le processus de reconstruction familial suite à une rupture, la place de chacun dans l’accueil de la souffrance de l’autre, puisque cette famille va accueillir aussi une jeune toxicomane. Le film peut faire référence à la théorie du don et du contre-don travaillée par Paul Fustier en référence à Marcel Mauss. Un film très sensible et très subtil sur les relations intra familiales. J’ai beaucoup apprécié ce film. Voir les critiques du Masque et la plume.

https://www.franceinter.fr/culture/les-passagers-de-la-nuit-un-tres-beau-film-de-mikhael-hers-selon-le-masque


Frère et sœur de Arnaud Desplechin est un film présenté en ce moment dans la sélection du Festival de Cannes 2022. Les deux acteurs principaux sont Marion Cotillard et Melvil Poulpaud. Un film sur la relation dans une fratrie et la haine qui peut en jaillir parfois. La place des parents et du plus jeune frère dans cette violence des sentiments intra familiaux. Un sujet poignant et intéressant à approfondir aussi. La préservation des liens familiaux est une question centrale dans l’accueil des fratries en Protection de l’enfance.

J’ai moins apprécié ce film dans sa réalisation même si le réalisateur est un spécialiste du sujet. Il nous a présenté Un conte de Noël en 2008 sur l’absence d’un enfant dans une famille qui se retrouve quelques jours. D’ailleurs il retravaille ce sujet à nouveau dans ce nouveau film car la famille dans Frère et sœur est endeuillée aussi par la perte d’un enfant et la culpabilité portée par l’entourage de la famille. Le réalisateur tire plusieurs ficelles dramatiques et encore une fois essentielles dans l’analyse d’une famille sur plusieurs générations. Mais je regrette sa mise en scène. Ce film est peut-être vu d’une manière trop tragique ou trop « classique » et un rôle de sœur pas si bien interprété que cela à mon goût par Marion Cotillard.


Les liens pour approfondir ce sujet :

https://www.zerodeconduite.net/article/la-famille-dans-le-cinema-contemporain

https://www.cinemalouxor.fr


Marie-Odile





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