Rechercher
  • bertrandidier

Education spécialisée et histoires de gosses

Dernière mise à jour : 15 avr.



Véronique Olmi - Le gosse


« On l’a déposé devant la buanderie, et après lui avoir lancé un seau d’eau sur la figure, Guépin, le surveillant général dont il a déjà entendu des dizaines de fois le nom prononcé avec une haine apeurée, l’emmène au prétoire, dans la maison du directeur. Deux étages de jolies fenêtres, de balcons enlacés par la glycine…elle est si forte cette glycine, elle doit être là depuis des siècles, et les chambres de bonnes au-dessus, depuis des siècles, aussi.» p.138


Joseph, Le gosse, a passé trois ans à Mettray, une des dix colonies pénitentiaires qu’il y avait en France. Joseph a huit ans quand sa mère meurt en 1927 suite à un avortement, son père est décédé à la guerre. Il vit quelques temps avec sa grand-mère mais celle-ci est emmenée à Saint-Anne pour y mourir des années après. Joseph la reverra avant son décès. Il sera emmené en premier lieu à la prison de la petite Roquette. Eduquer et punir, était le principe d’éducation à Mettray, rien d’autre qu’un bagne pour enfants qui devaient travailler toute la journée dans les champs jusqu’à en mourir pour beaucoup.

L’auteur s’est imprégné de cette histoire grâce à l’écrivain français Jean Genet (1910-1986) qui a raconté lui-même son histoire dans plusieurs ouvrages.


Véronique Olmi a son propre style, on s’attache à Joseph, son environnement, sa vie d’enfant alors qu’il est avec sa mère. C’est le Titi parisien. Nous restons dans la tête de Joseph, dans son corps dans toute sa traversée de la prison, de Mettray . « Le courage de Joseph est invisible et permanent ». Nous sommes transportés à Mettray, dans cette violence de tous les jours, dans cette humiliation que les enfants devaient supporter. Seul l’amour et la musique le rendront plus fort. Il en sortira « cassé », le roseau plié, une image qui reviendra tout au long du livre. Ce roseau qui siffle, que sa mère adorait. Une métaphore du « redressement » et de cette éducation qui force à faire plier les enfants. Il fera de belles rencontres. Comme dans Backhita (2017), autre livre de Véronique Olmi, le besoin de croire à un avenir meilleur l’emporte.


Le roman court jusqu’en 1936, période où le journaliste Alexis Danan va fonder la Fédération nationale des comités de vigilance et d’action pour la protection de l’enfance malheureuse ; comités qui ont pour mission de dénoncer la justice et les mauvais traitements dont les enfants sont victimes. Véronique Olmi nous indique dans l’épilogue de son livre, que ce journaliste a sorti un ouvrage en 1936 de nombreux témoignages d’enfants.


Un livre que je conseille fortement.


Sites consultés :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Colonie_agricole_et_p%C3%A9nitentiaire_de_Mettray

https://www.cnahes.org/

https://www.babelio.com/livres/Olmi-Le-Gosse/1383328


Marie-Odile


Le dernier numéro du Sociographe s'aventure lui aussi du côté de la littérature.


N°77 : Braconnage bibliographiques - Le travailleur social et la lecture

Existerait-il une bibliographie idéale du travailleur social ? Une bibliographie est-elle l’objet idéal typique, formel, académique de l’obtention d’un titre et d’une accession à un corps professionnelle ? Les livres sont-ils les blasons nécessaires à enfiler les vêtements du professionnel compétent ?

Ce ne sont pas tant les livres qui comptent que la lecture qui donne une existence aux livres. Et l’entrée dans la lecture est toujours faite de bric et de broc dans une sorte de braconnage. La « pêche » aux livres n’a pas de recettes. On se laisse séduire, on se déroute, on arrête, on triche, on se laisse prendre, on se laisse posséder par la lecture. La relation aux livres n’est au fond qu’une autre forme de relation éducative du futur professionnel. Lire ne serait que cet apprentissage sans cesse renouvelé de l’écoute, du temps porté à quelqu’un, de ce silence pour faire exister l’autre qui raconte, qui se raconte tout autant qu’il nous raconte. Lire ne s’arrête pas à la lecture d’un texte, c’est aussi lire des images, des situations, des signes, etc.

En cela, la bibliographie est toujours un bout de biographie.

Dossier coordonné par Léo Lebrun, formateur, documentaliste à l'IRTS PACA et Corse.

Découvrir l’intégralité du numéro sur cairn.com >


67 vues

Posts récents

Voir tout