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Enfin un vrai patron au Ministère des solidarités !



En mai 1981 était créé le Ministère des solidarités.


40 ans après que Nicole Questiaux ait quitté les lieux, voilà qu’est enfin nommé un patron, un vrai : Jean-Christophe Combe, patron de la Croix-Rouge française.


Selon le quotidien Le Monde (5 juillet 2022), « issu de la société civile et sans aucun mandat électoral, il apparaît comme l’antithèse de son prédécesseur » qui, rappelons-le, était jusqu’en mai dernier le patron des députés Les Républicains à l’Assemblée Nationale.

Après avoir validé la nomination de deux médecins, Agnès Buzin et Olivier Véran, lors du premier quinquennat, Emmanuel Macron a choisi deux patrons.


Jean-Christophe Combe n’est pas un représentant de la société civile, mais un représentant du patronat. Il ne fait pas de politique mais il promeut « un business model au service des puissants (Attac )dénué de toute idéologie et la « nation-entreprise ». Bref, il est au service de la Macronie et du néolibéralisme.


Plusieurs médias ne s’y sont pas trompés : Le Parisien (4 juillet 2022) annonce que « Damien Abad quitte le gouvernement, remplacé par le patron de la Croix-Rouge » alors que BFM.TV (4 juillet 2022) précise que « le patron de la Croix-Rouge Jean-Christophe Combe remplace Damien Abad au ministère des Solidarités ». France-Inter de son côté cite parmi les nouveaux entrants « le patron de la Croix-Rouge Jean-Christophe Combe ».


Un patron de choc !

Le Canard enchaîné du 6 juillet 2022 observe que « le timing est remarquable. Le directeur général de la Croix-Rouge, Jean-Christophe Combe, est devenu Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées le jour où la quasi-totalité des crèches gérées par l’ONG étaient en grève. A Nantes, Montpellier, Migennes, Bar-sur-Aube ou Thionville, les établissements ont fermé pour afin de protester contre « la précarité extrême » des emplois, le « manque d’effectif » et « pour humaniser la condition salariale à la Croix-Rouge ». ça pourrait donner des idées au personnel des crèches et des Ehpad, qui sont certainement favorables à ce genre d’« humanisation » ».


Rappelons que Jean-Christophe Combe est l’auteur de « L’humanité ne se négocie pas » aux éditions de L’Aube (2021), dans la collection « Parole d’acteurs


Jean-Christophe Combe aimerait-il endosser les habits neufs de l’acteur ? Carenews, Le média des acteurs de l’engagement, lui consacre une pleine page en août 2020.


Un réformateur ou un fossoyeur ?

En mars 2022, après cinq années d’un partenariat étroit, la Croix-Rouge française fait le choix de rejoindre Nexem et devient adhérente de la principale organisation professionnelle représentative des employeurs de la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale (BASS) présents dans cinq champs d’activité : le handicap, la protection de l'enfance, l'autonomie des personnes âgées, la protection juridique des majeurs et la lutte contre les exclusions. Leur objectif : avoir enfin une branche du sanitaire, social et médico-social à but non lucratif organisée autour d’un environnement conventionnel commun. Bref, refondre les conventions collectives en une convention collective unique étendue à tous les acteurs associatifs du secteur !


« L'adhésion de la Croix-Rouge française à Nexem est le fruit d’une étroite collaboration et de travaux communs engagés depuis maintenant plus de cinq ans avec une évidente vision partagée des enjeux du secteur sanitaire, social et médico-social à but non lucratif. Elle nous permettra de poursuivre les démarches engagées sur la juste reconnaissance et l’attractivité de ses métiers et le déploiement de l'innovation sociale » déclare Jean-Christophe Combe, alors directeur général de la Croix-Rouge française.


Ignore-t-il que « le secteur social et médico-social est en danger grave et imminent ! » ?

Ignore-t-il toutes celles et tous ceux (salariés, syndicats, collectifs, associations, etc.) qui disent « NON au projet d’AXESS de casse de nos conventions collectives 66/79/CHRS et 51 » ?



Un liquidateur ?

Dans un article publié en avril dernier, le quotidien Le Monde indiquait que « si les négociations vont à leur terme, le logo de la Croix-Rouge devrait prochainement disparaître des vitrines de ses centres de santé franciliens. [ ] Interrogé sur le montant du rachat, le groupe Ramsay n’a pas souhaité s’exprimer. Motif de cette vente : une activité déficitaire « depuis plusieurs années », selon la direction de la Croix-Rouge, qui ne donne pas de chiffre précis en raison d’un accord de confidentialité ».


Interpellé au Sénat en février 2022, le Ministre de la Santé et des Solidarités Olivier Véran disait souhaiter que « le secteur public et le secteur associatif privé non lucratif gardent toute leur place dans l'offre de soins et dans l'offre médico-sociale sur le territoire français. Je ne me résous pas, je vous le dis en toute franchise, à voir d'immenses groupes privés, portés par des fonds de pension, souvent étrangers, racheter, établissement par établissement, ce qui fait une partie du capital social de notre nation, surtout quand c'est la solidarité nationale qui règle les soins ». Vive le « en même temps » !


Dans une tribune publiée dans Le Monde (février 2022), le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille François Crémieux rappelait que « ces centres de santé associatifs, leurs équipes, leur histoire, leur culture, leurs valeurs ne peuvent devenir une valeur financière au bilan d’un grand groupe par la simple transaction entre une association, fût-elle de droit privé, et une multinationale de la santé. Par l’engagement de la Croix-Rouge, ses statuts et cette culture « d’auxiliaire de l’Etat », ces centres étaient la garantie d’un accès à la santé que nul ne pourra plus garantir sur le long terme ».


Cela n’empêchera par la Croix-Rouge française et le groupe Ramsay Santé de poursuivre les négociations jusqu’au renoncement de ce dernier en mai 2022. Rappelons qu’en 2018, une ordonnance a ouvert la gestion des centres de santé aux groupes à but lucratif, d’où l’intérêt qu’a manifesté le groupe Ramsay Santé. « On est très attentifs à ce qui se passe » indique le Dr Hélène Colombani, présidente de la Fédération nationale des centres des santé (FNCS). « Les médecins avec qui j’ai parlé sont sous le choc. Ramsay Santé va-t-il devenir un acteur de la solidarité et œuvrer en faveur de l’accès de tous à la santé ou va-t-il juste faire du business et se servir de ces centres comme porte d’entrée vers ses cliniques ? »


Vendeur ou promoteur ?

Dans un communiqué de presse publié en mars 2022, la CGT dénonçait le projet de vente des centres de santé de la Croix-Rouge au groupe Ramsay ainsi que le « virage tout économique » qu’a pris l’association-entreprise : « chaque projet, chaque activité est évaluée avec en ligne de mire la recherche permanente et absolue de la performance économique ».


Elle dénonçait aussi la création d’une foncière ouverte aux investisseurs privés, avec cette conséquence : « désormais, la Croix-Rouge française n’a plus la main sur une partie de son patrimoine immobilier et se retrouve pieds et poings liés avec Edmond de Rothschild ou des gestionnaires d’actifs sulfureux comme BlackRock, associé indirect de la foncière au travers de la société Cofinimmo ».


Selon Le Monde du 4 juillet dernier, « M. Combe se targuait de vouloir faire passer la Croix-Rouge « d’une gestion associative à une gestion entrepreneuriale, tout en maintenant un projet social et humanitaire fort ». C’est ainsi qu’il a rétabli l’équilibre budgétaire en 2016. La CGT, premier syndicat au sein de l’institution, critique « sa recherche permanente et absolue de la performance économique », qui l’a conduit à la cession d’une partie du patrimoine immobilier à des investisseurs privés qui, en échange, font payer des loyers aux établissements. M. Combe a failli vendre, au printemps, des centres de santé déficitaires à un groupe privé lucratif. « Nous nous sommes opposés au projet, qui a fait long feu », se félicite Renaud Mandel, représentant CGT au sein de la Croix-Rouge ».


La question immobilière est une question sensible. Dans un article du Point de février 2019, à l’occasion de la parution du livre « Charité bien ordonnée » (Cherche-Midi), la journaliste Pauline Ducousso précisait que « l'objectif, clairement assumé par le directeur général adjoint Guy Bernfeld, est de faire une opération de promotion immobilière destinée à engranger du profit », avant de citer l’un des auteurs du livre, Yohann Blavignat : « Avec ces pratiques immobilières, la Croix-Rouge semble prendre les allures d'une entreprise privée déshonorant les valeurs humanitaires défendues par l'association ».



Un acteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) et un entrepreneur

Acteur de l’économie sociale et solidaire, la Croix-Rouge Française revendique une double identité association-entreprise ; ce sont plus de 65 450 bénévoles et 16 703 salariés présents sur l’ensemble du territoire. Auxiliaire des pouvoirs publics dans ses missions humanitaires, la Croix-Rouge française affirme mener « un combat de tous les instants pour soulager la souffrance des hommes ». Elle intervient dans les secteurs humanitaire, sanitaire, social, médicosocial et de la formation.


Devenu directeur général de la Croix-Rouge, « il parfait ses réseaux parmi les élus locaux et acquiert une bonne connaissance de la filière du grand âge à travers les 35 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et les 50 services d’aide à domicile de la Croix-Rouge, qui ont les mêmes difficultés que les opérateurs lucratifs et publics – pénurie de professionnels, crédits publics insuffisants ».


Il rencontre forcément Jean-Marc Borello, ici et là, en particulier dans Impact tank. Pour le patron du groupe SOS, « la nomination de Combe, une excellente idée » que le boss de l’économie sociale et solidaire a probablement suggérée à son ancien élève : « Début des années 2000. Jean-Marc Borello est enseignant à Sciences po et prépare le jeune et brillant Emmanuel Macron à l'épreuve de « Questions sociales » du concours d'entrée de l'ENA. L'ancien assistant de Paul Ricœur a 24 ans, fréquente les bancs de la Rue Saint-Guillaume et s'exerce notamment à disserter sur l'équilibre des comptes de la Sécurité sociale » (Le point – 7 mars 2017). Les deux patrons de l’économie sociale et solidaire se seraient-ils déjà croisés dans cette prestigieuse école ?


Pour celles et ceux qui n'ont pas eu le temps de suivre l'actualité à fort impact : lancé en 2020 à l'initiative du Groupe SOS, Impact Tank est selon ses promoteur le premier think tank dédié à l'évaluation d'impacts des innovations sociales et environnementales. Ce think and do-thank identifie, objective et valorise les impacts des innovations sociales positives pour favoriser leur développement à grande échelle et apporter des solutions de terrain aux besoins sociétaux.


Après avoir promu Christophe Itier, lui aussi passé par des collectivités territoriales et Deloitte, « acteur mondial de référence en Audit & Assurance, Consulting, Financial Advisory, Risk Advisory, et Juridique et Fiscal », Jean-Marc Borello parie sur Jean-Christophe Combe.


Quel sera l’impact social du nouveau ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées ?


En lisant Le Parisien, on apprend que « le nouveau ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées a formulé le 4 juillet 2022 une promesse d’écoute et de dialogue avec tous les acteurs du secteur lors de la passation des pouvoirs avec son prédécesseur le 4 juillet 2022. Et lister les chantiers qui l’attendent dans son ministère ».


Alors qu’on lui demandait (février 2022) « Qu’est-ce que vous souhaiteriez dans un monde parfait ? », il a répondu : « Une vraie volonté politique que nos propositions soient portées par le gouvernement, mais également que naisse une réelle prise de conscience générale pour que les échéances démocratiques se fassent aussi autour de la solidarité et l’engagement, porteurs d’avenir ».


Adepte de la novlangue managériale et entrepreneuriale, Jean-Christophe Combe maîtrise aussi parfaitement la bonne vieille langue de bois.


A suivre...


A lire également :

https://dubasque.org/que-propose-jean-christophe-combe-nouveau-ministre-des-solidarites-de-lautonomie-et-des-personnes-handicapees/


Photo :

https://www.convergences.org/precedentes-editions/revivez-le-forum-mondial-convergences-2019/


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