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Le nouveau logiciel de la Prev'




Dans un article publié sur le site de Médiapart, intitulé « Un nouveau logiciel de recueil de données », Le journaliste Emmanuel Rionde évoque « l’inquiétude de bien des éducatrices et éducateurs intervenant sur le terrain ». Cette inquiétude est née après qu’ait été mis à l’essai dans la métropole toulousaine un logiciel de recueil de données. Pour les partisans d’un tel outil, en particulier le Comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée – CNLAPS, ce serait « un outil de valorisation auprès du public pour donner à voir la logique d’accompagnement, mais aussi de valorisation institutionnelle ». Face aux craintes qu’expriment les éducatrices et les éducateurs de terrain, le représentant du CNLAPS leur oppose que les éducateurs ont participé à la construction de l’outil. Curieusement, la Commission nationale informatique et liberté – CNIL n’aurait pas vu passer ce nouveau logiciel. « Rien de surprenant puisque beaucoup des autorisations qui devaient auparavant lui être soumises ont disparu » écrit le journaliste. Dans les Bouches-du-Rhône où est expérimenté ce logiciel depuis 1 mois, il n’y aurait pas d’inquiétudes particulières. Est ainsi cité ce témoignage d’une directrice de service de prévention spécialisée : Pour l’instant, je ne vois pas ce logiciel modifier les valeurs que nous portons dans notre pratique. C’est un outil pour l’éducateur : il y rentre les infos qu’il souhaite et s’il quitte le territoire, ça permet à celui ou celle qui prend sa place de ne pas reposer toutes les questions aux jeunes, ça assure une meilleure continuité... ».


Le Logiciel de recueil des données serait d’après le CNLAPS un outil au service des acteurs de la prévention spécialisée, forcément efficace voire performant puisqu’il permettrait à « l’éducateur pourra également évaluer, sur une temporalité donnée, l’évolution de la situation d’un jeune ou la transformation d’un territoire, à partir de critères prédéfinis. Ces indicateurs permettront de faire ressortir l’impact de l’action de la prévention spécialisée à partir de critères objectifs ». Comment ne pas être séduit par cette novlangue aux accents désormais vieillots : évaluation, critères, indicateurs, impact, etc.


Comment ne pas être séduit par les différentes fonctionnalités que propose cet outil qui « répond également aux obligations en termes de droit du travail (gestion des plannings prévisionnel et réalisé), dont « l’ergonomie du logiciel permet une saisie rapide et intuitive, possible à la fois sur smartphone ou sur ordinateur ». De plus, « chaque éducateur pourra par exemple avoir une vision globale de ses différents temps d’activité (pourcentage de temps de présence sociale par exemple), des personnes qu’il accompagne (nombre d’accompagnements, nombre de jeunes orientés par un partenaire spécifique, problématiques principales abordées), des actions collectives en place ».

A croire que n’a pas été lu cet article publié en 2008, pourtant rédigé par un acteur de la prévention spécialisée, lui-même concepteur d’une base de données. S’y exprime une grande inquiétude quant aux dangers de la quantophrénie : « La technocratie pousse à la faute ».

http://www.preventionspecialisee.fr/evaluation-statistiques-limites/53/


De même sont ignorés les avertissements de Jonathan Louli, autre acteur de la prévention spécialisée. Mais peut-être serait-il fâché d’être qualifié d’acteur car ce terme apparaît suffisamment vague pour englober des institutions et des organisations éloignés des pratiques de prévention spécialisée.

Dans un article publié en 2016 sur le site de la revue Mouvements, Jonathan Louli interrogeait le devenir de la Prévention Spécialisée : « La prévention spécialisée en voie de disparition ? »

https://mouvements.info/la-prevention-specialisee-francilienne-en-voie-de-disparition/


La même année, il diffusait es résultats d’une enquête menée auprès d’éducatrices et d’éducateurs de prévention spécialisée du Val-de-Marne

https://www.jlouli.fr/la-prevention-specialisee-secouee-dans-le-val-de-marne/

L’année suivante, il s’interrogeait sur l’existence d’un rapport de forces après qu’ait été publié le rapport d’information sur l’avenir de la prévention spécialisée.

https://www.jlouli.fr/prevention-specialisee-a-propos-du-nouveau-rapport-de-forces/


En 2019, il publiait aux éditions L’Harmattan Le travail social face à l’incertain. La prévention spécialisée en quête de sens

https://www.jlouli.fr/le-travail-social-face-a-lincertain-la-prevention-specialisee-jonathan-louli/


Lien social publiait une critique de cet ouvrage où Jacques Tremintin observait que « face à la règlementation, l’uniformisation et la planification des pratiques, la prévention spécialisée se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, la revendication du sens donné à l’action menée, de la démarche émancipatrice et de la logique éthique qu’elle a toujours pratiqué. De l’autre, le registre professionnaliste se traduisant par l’application passive des assignations extérieures budgétaires et hiérarchiques de la puissance publique, au risque de devenir une industrie sociale et éducative ».





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