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Le travail social is not a service platform !


Les réformes des formations aux métiers du travail social ne s’arrêtent plus. Pourtant la dernière date de 2018 et vient seulement de voir sa première promotion d’étudiants diplômée. Envisagée depuis 2013, elle avait fait l’objet d’un bras de fer sans précédent auquel le collectif Avenir Educs et de nombreux autres acteurs rassemblés au sein des Etats Généraux Alternatifs du Travail Social avaient largement contribué. Tous ces acteurs s’étaient mobilisés pour défendre la clinique, la reconnaissance d’une haute qualification dans la relation à l’autre et un travail social dont serait garant l’Etat social. Ils sont toujours là aujourd’hui.


Une nouvelle conférence des métiers a eu lieu le 17 février dernier dans l’optique d’une transformation des métiers et de leurs formations pour laquelle Monsieur Piveteau a remis un rapport. Ce qui n’avait pas été détruit dans la précédente réforme doit probablement repasser à la moulinette néolibérale. Pour ne pas s’embarrasser de quelconque débat, aucun représentant des acteurs précédemment cité n’a été invité à cette conférence qui s’est tenue à huis clos, au point qu’il était même impossible la veille de savoir à quelle adresse elle aurait lieu ! Aucune parole donnée aux professionnels. Et Monsieur Piveteau parle dans ce rapport de métiers qui seraient « confinés ». Quel mépris ! Quelle méconnaissance de ces métiers dont Le contexte COVID a prouvé d’une part combien cette haute qualification dans la relation à l’autre était nécessaire et combien la présence des professionnels du travail social est essentielle à la société. Leur engagement y compris dans ce contexte particulièrement éprouvant est resté inconditionnel. Déconfinés du début à la fin, ils ont été là, comme toujours parce qu’ils font « juste leur travail ».


Alors qu’on les laisse se former, travailler et qu’on leur donne la parole !


De ce rapport, particulièrement confus, nous relevons quelques points saillants sur lesquels il nous parait essentiel d’alerter :


Ce rapport qui se veut une promotion de l’inclusion, semble oublier que l’inclusion est un projet d’envergure qui ne doit pas être un effet d’annonce au service d’une transformation du principe de solidarité nationale en prestations de service. Il faut d’ailleurs rappeler qu’il n’y a rien de nouveau puisque que la loi de 1975 sur le handicap porte déjà en elle l’inclusion scolaire. Or la proposition d’inclusion du rapport Piveteau semble affirmer que cela doit passer par la transformation des métiers de la relation et plus généralement du travail social en fonctions de coordinateurs, coach, facilitateurs, catalyseurs et pourquoi pas influenceurs pour assurer le fonctionnement de plateformes de service. En quelque sorte toute une organisation logistique de la plateforme vers la prestation de service par des opérateurs privés à but lucratif subventionnés par l’état. Et ce sont précisément ces logiques qui font déjà souffrir les professionnels en niant souvent leur métier, les privant d’une part de leur autonomie, d’une part de leur créativité, de leur temps de partage et de réflexion d’équipe et surtout du temps à donner pour créer de la relation. Il n’y a que des opportunistes venus infiltrer le travail social pour se laisser séduire par de telles propositions !


Ce rapport ne répond donc pas aux besoins des personnes et entérine une vision réductrice des pouvoirs publics. L’Etat renoncerait à sa dimension sociale pour s’affirmer comme simple facilitateur et contrôleur d’une mise sur les marchés financiers des besoins sociaux. Les professionnels du travail social seraient des agents garants du fonctionnement des rouages de ce système. Et pire encore sans aucun risque pour les investisseurs privés remboursés avec intérêt par l’argent venu des contribuables. Ce rapport affirme proposer des réponses nouvelles centrées sur l’environnement des personnes et leur émancipation notamment par l’accès à leurs droits. Pourtant ces questions existent depuis la naissance même du travail social. La méconnaissance culturelle et historique de nos pratiques amène alors à des propositions ubuesques pour la formation: soit d’une évidence déconcertante, soit dans une réification de la pensée « par l’apprentissage des recommandations de bonnes pratiques validées par la HAS », ou encore une idée simpliste de l’expertise qui reposerait sur le témoignage et « l’intégration systématique de modules dispensés par des personne expertes d’usage », faisant comme si le témoignage était occulté des formations. Ce rapport est porteur d’une grande confusion entre la formation initiale et la formation continue oubliant que l’essentiel n’est pas « pour un professionnel de savoir si le métier qui a été appris est encore ou est vraiment celui qui les employeurs recherchent », mais plutôt de savoir si le métier répond aux besoins des personnes et à ceux des professionnels de se sentir suffisamment formés et soutenus au cours de la vie professionnelle pour tenir bon. Inversement les employeurs découvriront que c’est précisément cela qu’ils attendaient aussi finalement.


Les questions qui se posent aujourd’hui sont d’un autre ordre : ce sont des centaines de CMPP, de CHRS, de PMI, de SESSAD, de foyers de l’enfance qui sont submergés de listes d’attente, aux moyens si exsangues qu’ils ne tiennent qu’à l’engagement farouche de leurs professionnels. Et que dire de l’éducation nationale et de la médecine scolaire ? Comment croire à la réalité d’un affichage de l’inclusion autre qu’à des fins politiques quand des centaines d’enfants et leurs familles sont laissées en souffrance, en attente ? Ou quand des clubs et équipes de prévention spécialisée ferment, oubliant que ce sont les missions de protection de l’enfance qu’ils mettent en œuvre au quotidien qui disparaissent.


Plus que jamais Debout pour nos métiers ! On ne gère pas l’autre, on l’accompagne !


Le collectif Avenir Educs

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