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Livre vert du travail social : 3/10 !

Dernière mise à jour : 13 mars


« Les travailleurs sociaux : des professions féminisées, plus âgées, et exerçant souvent à temps partiel »


Une présentation du livre vert du travail social est organisée le 15 mars 2022, jour anniversaire de la convention du 15 mars 1966 aujourd'hui menacée de disparition, en présence des "fossoyeurs" du travail social et du médico-social : Olivier Véran, Denis Piveteau, Manuel Pélissié, Marcel Jaeger, etc.


Le livre vert du travail social mérite-t-il plus que 3 sur 10 ? Nous n’avons pas tout lu car le temps manque pour qui est au front. A peine le rapport Piveteau est-il publié, que nous voilà invités à lire ce livre vert, probablement rédigé dans l’urgence. Pragmatiques, nous nous sommes intéressés à un seul chapitre, celui consacré aux revalorisations salariales. Trop vite, probablement !


Dans une synthèse de quelques pages, le livre vert entend « valoriser et donner du sens à l’action des professionnels » et, par conséquent, « revaloriser les salaires de l’ensemble des travailleurs sociaux ». Aussi est-il proposé de « suivre les travaux annoncés dans le cadre de la conférence des métiers de l’accompagnement social et du médico-social autour de la revalorisation des salaires et des négociations menées pour la modernisation du champ conventionnel ».


Il n’est plus question d’une revalorisation de 30% comme, pourtant, annoncé en page 88 de ce livre vert : « Le HCTS soutient la revalorisation des salaires de l’ensemble des travailleurs sociaux pour rattraper le différentiel entre l’inflation et le gel du point des deux principales conventions (66 et 51) soit 30% ».


Après avoir préconisé de « dépasser les approches par catégories de métiers pour une meilleure reconnaissance des compétences des professionnels » et ainsi créer les conditions de parcours professionnels individualisés, ce qui de fait vise à vider le contenu des conventions collectives, il est proposé « la valorisation des fonctions de coordination, ou de développement de projets etc… », c’est-à-dire de celles et ceux qui constituent le back-office, capables de « développer des relations hiérarchiques implicites avec les travailleurs de base sur lesquels ils se déchargent du « sale boulot » ».


Mathieu Klein n’aurait-il pas lu François Aballéa, ni Jean-Noël Chopart, et cet ouvrage de référence qu’est « Les mutations du travail social. Dynamiques d’un champ professionnel » (2000) ? Mais il ne peut pas avoir tout lu. Il cite volontiers Krzystof Pomian, « homme d’engagements et savant discret » selon le journaliste du quotidien Le Monde, Jean Birnbaum. Probablement conservateur, mais peu importe, puisqu’il aurait su faire preuve de discernement.


Est également citée Hannah Arendt. Convoquer deux philosophes en quelques lignes vient probablement signifier la gravité de cette crise de la société. Dommage que cette référence à « la peine à vivre » qu'aurait promue la philosophe n’est pas disponible. A quel ouvrage est-il fait référence ? A quel article ? Trop d’érudition tuerait-il l’érudition ?


Il est également fait référence au sociologue François Dubet. Notons qu’il n’est pas précisé qui sont François Dubet, sociologue, Hannah Arendt et Krsystof Pomian, tous les deux philosophes. Le livre vert s’adresserait-il à celles et ceux qui sauraient ? La référence à François Dubet apparaît quelque peu discutable car lui est prêté un constat sans toutefois donner des références précises. La supposée impuissance des travailleurs sociaux est-elle au cœur de cet ouvrage publiée il y a 20 ans ? Ce rapport de plus apparaît bâclé. Pourrait mieux faire !


Quel est l’objet de ce livre vert ? Faire un énième état des lieux ? Faire des propositions qui apparaissent une nouvelle fois en décalage avec le réel ? Tout ceci manque de sérieux et révèle une forme de mépris envers le travail social, les travailleuses sociales et travailleurs sociaux et l'ensemble des professionnels du social et du médico-social.


Faute de temps, ayant le sentiment d’être une nouvelle fois mal reconnus, nous pourrions ce week-end nous intéresser à la dernière publication de la Haute autorité de santé (HAS) qui « favoriser la diffusion du référentiel et du manuel et d’en assurer l’appropriation par les professionnels et notamment organisera prochainement une conférence en ligne à destination des structures ». Impossible de le lire au boulot vu que c’est très volumineux : un référentiel de 26 pages suivi d’un manuel d’évaluation de 218 pages.


Vivement que les cabinets conseils s’emparent du sujet pour nous faire des synthèses, organiser des journées de formation, et… s’enrichir.


Mais peut-être serait-il plus constructif de participer aux 8èmes rencontres nationales du travail social en lutte à Poitiers pour construire les mobilisations de demain.


Le week-end prochain, je bloque une journée : le rapport Ferras & Vinquant qu’a si bien « vendu » le premier Ministre Jean Castex devrait être enfin publié …


Pour conclure, nous citerons l'historien Marc Bloch, l'auteur de "L'étrange défaite", pour qui "la France d'un nouveau printemps devra être la chose des jeunes" (p.207), pour qui "il faut toujours se méfier un peu des vieux pédagogues. Ils se sont constitué forcément, au cours de leur vie professionnelle tout un schéma de schémas verbaux auxquels leur intelligence finit par s'accrocher, comme à autant de clous, parfois passablement rouillés" (p.147)



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