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Conseil : l'impact négatif de McKinsey

Dernière mise à jour : 30 mars


Quel est l’impact de McKinsey & Company, un cabinet de conseil bien présent dans le champ de l’économie sociale et solidaire et ce, depuis des années ?


Cette question est d’actualité alors que les pratiques de McKinsey viennent d’être interrogées par un récent rapport sénatorial.


Dans une étude d’impact de l'entrepreneuriat social publié en mars 2012, McKinsey a quantifié et qualifié en termes de bénéfices économiques engendrés pour la société l'action de dix entrepreneurs sociaux soutenus par Ashoka. Parmi ces entrepreneurs figurait un dispositif géré par le Groupe SOS qui y fait référence : « En s’appuyant sur les recommandations du cabinet de conseil McKinsey & Company, le groupe SOS a choisi de privilégier une approche dit « coûts évités », purement économique. Si cette méthode ne valorise pas l’approche qualitative, elle fait en revanche apparaître très lisiblement le financement du dispositif étudié comme une évidence économique » [Livre blanc de l’innovation sociale 2015 – Groupe SOS].


Parmi les leviers que proposait d’activer McKinsey : « en obtenant une plus grande autonomie dans le choix et la sélection des bénéficiaires, les organismes porteront moins de risque sur le remplissage des logements et pourront croitre à un niveau suffisant afin de réaliser l'ensemble du potentiel d'économies pour les collectivités ». Comme l’affirme Nicolas Chochoy, directeur de l’Institut Godin, cité par Le Monde Diplomatique [« Solidarité à but hautement lucratif » par Margot Hemmerich & Clémentine Méténier – Octobre 2019] : « On prône l’innovation et l’expérimentation, mais en réalité on veut tout mesurer pour réduire l’incertitude inhérente à toute expérimentation ». Voire sélectionner ou trier.


Force est de constater que la démonstration de McKinsey est loin de susciter l’enthousiasme des investisseurs alors que le cabinet de conseil est convaincu « qu’il est possible de réaliser des sorties rentables dans les entreprises sociales » ou « que les entreprises sociales dotées de modèles d’affaires solides n’ont pas besoin de longues périodes de détention pour générer de la valeur pour les actionnaires » [McKinsey Quarterly – 2018].


Cette estimation des « coûts évités » peut donner lieu à des chiffrages pour le moins contrastés. Ainsi, dans l’article du Monde Diplomatique, on découvre qu’au Royaume-Uni « le coût de chaque élève exclu définitivement du système scolaire atteignait annuellement 13 450 euros en 2006 » alors qu’en France, « le coût pour l’État d’un élève ayant décroché tout au long de sa vie est estimé à 230 000 euros ».


Les partisans des contrats à impact entendent-ils tout chiffrer ?


Simplifions, simplifions... et vive un troisième rapport

Selon La banque des territoires (mars 2022), « Les contrats à impact ne font pas encore recette »


« L’engouement n’est actuellement pas au rendez-vous parmi les investisseurs, les philanthropes et les collectivités qui sont freinés en premier lieu par la complexité et la longueur du processus ».


La gazette des communes titre de son côté : « Contrats à impact social : la relance de la dernière chance »


« Après avoir lancé des appels à manifestation d’intérêt l’an dernier, la secrétaire d’Etat à l’économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire, a reçu [de la part cette fois-ci de Thomas Cazenave] un rapport sur la simplification de ces outils de financement, associant public et privé, qui n’ont rencontré qu’un succès limité jusqu’à maintenant ».


De tels constats ne sont pas nouveaux. Le Monde constatait déjà en mars 2019 les débuts laborieux des contrats à impact social pour financer l’action sociale avec des fonds privés. L’article se concluait ainsi : « Conscient de la difficulté qu’ont les CIS à se multiplier, M. Itier cherche à en simplifier le processus. Il a confié cette mission à Frédéric Lavenir ».


Pourtant, en mars 2021, on pouvait lire sur le site du Ministère de l’économie et des finances :

« Contrats à impact : une innovation qui fait ses preuves »

« Lancés en septembre 2020 par Olivia Grégoire, secrétaire d'État chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable, les contrats à impact rencontrent une forte dynamique »



Le possible impact négatif des mesures McKinsey


Capable de proposer des gains financiers, McKinsey peut aussi offrir des gains d’ETP. Dans un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2017 : « Evaluation de la Convention d’Objectifs et de Gestion 2014-2017 de la CNAV », on peut lire que « l’essentiel des gains d’efficience attendus de la digitalisation des processus de production et de la relation de service – estimée par la mission d’appui McKinsey entre 8 et 15% des ETP, n’a pas pu être obtenu sur la COG 2014-2017 » (p.58).


Fort heureusement.


Dans l’encadré 15 (p.76), il est précisé que « le potentiel de gains d’ETP lié au numérique se situe entre 1015 et 1835 ETP, soit entre 8 et 15% des effectifs du réseau : 105 à 240 sur la relation client, 340 à 620 sur les carrières, 560 à 960 sur les retraites ».


A propos des outils de gestion de la relation client, il est noté que « les gains estimés par l’équipe d’appui McKinsey sont de l’ordre de 100 à 240 ETP (1% du total). L’impact sur la qualité de service serait significatif » (p.58).


Baisse des coûts = baisse des effectifs et baisse de la qualité.


Le cabinet de conseil McKinsey a-t-il calculé le coût social de ces mesures ?



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