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Non à la guerre. Solidarité avec le peuple ukrainien !


Aujourd’hui, la guerre fait rage en Ukraine, ce que la plupart des européens pensaient impossibles il y a quelques jours encore.


Sur le site qu’il anime, Ecrire pour et sur le travail social, Didier Dubasque a publié le samedi 26 février plusieurs témoignages dont celui de Tetyana Semigina, professeur à l’école de travail social de Kiev, ancienne secrétaire de l’Association Internationale des Écoles de Travail Social de 2012 à 2016.


La veille, il relayait le communiqué de la Fédération internationale de travail social qui est convaincue que « grâce à l'action et à la protestation de la société civile, même les processus politiques les plus enracinés ou les plus haineux peuvent être modifiés. Des exemples en sont les mouvements de défense des droits civiques qui ont fondamentalement amélioré la vie des populations ».


Aujourd’hui, mercredi 2 mars 2022, il publie un communiqué de l’association européenne des écoles de travail social (EASSW) qui condamne une violation des droits de l’homme, une suppression du droit de l’homme ultime, celui de la Liberté !


Dans ce contexte de guerre, Marie-Odile nous invite à découvrir Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature, dont une partie de l’œuvre est consacrée à la guerre, à ces horreurs, à toutes les souffrances qu’elle génère, aux possibles monstruosités...


Trois stupéfiants « romans de voix » qui mêlent les témoignages les plus terribles et les plus intimes de deux tragédies du siècle soviétique : la Seconde Guerre mondiale, racontée du point de vue des femmes qui l’ont vécue (La guerre n’a pas un visage de femme) et de ceux qui n’étaient à l’époque que des enfants (Derniers témoins), et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (La Supplication). Précédé d’un entretien de l’auteur avec Michel Eltchaninoff (Dans la tête de Vladimir Poutine, Actes Sud, 2015).


Nous trouvons dans la note bibliographique à la fin de cet ouvrage que Svetlana Alexievitch est née le 31 mai 1948 dans une famille d’enseignants (sa mère est aussi bibliothécaire), Son père est biélorusse et sa mère ukrainienne Elle a été elle-même éducatrice, puis elle a fait des études de journalisme à la faculté de Minsk. Elle commencera sa carrière dans un journal rural. « Celle qui m’a ouvert le monde c’est ma grand-mère » répondra-t-elle dans l’entretien avec Michel Eitchaninoff en page 8 du recueil Œuvres (2015). C’est à partir d’une première écoute de ces femmes du monde rural ayant vécu des moments d’atrocité pendant la famine qu’avait ordonnée Staline en 1933, qu’elle a eu ce désir de rassembler « une histoire féminine » de la guerre (seconde guerre mondiale), des souvenirs poignants de femmes qui souffrent parfois de se souvenir. Même si elle est dénoncée comme antipatriote à une période, elle sera soutenue par Gorbatchev et son livre deviendra néanmoins plus tard un best-seller (sortie en 1985).


Son ouvrage, le plus poignant à mes yeux (même si chacun a son poids) sera Derniers Témoins (2004), un recueil de témoignages de personnes racontant leur enfance pendant la guerre : « Je me souviens…J’étais toute petite, mais je me souviens de tout ... » (p.333). Cette enfant avait six ans pendant la guerre…


« Je ne savais rien de la mort bien sûr. Mais personne n’a eu besoin de m’expliquer, j’ai tout de suite compris » (p .405).


En 1989, c’est la guerre en Afghanistan qui la sensibilisera en tant que journaliste et écrivain, elle publiera Les cercueils de zinc (1991) qui sera adapté en France en pièce de théâtre.


C’est réellement un genre particulier d’écriture qu’elle crée, elle fait parler les gens, récolte des témoignages et en fait une écriture singulière, un récit. Elle recherche ce qui se passe dans la vie des personnes, les témoignages de souffrance, d’un vécu personnel et intime qui va faire écho à tous. Les instantanés d’un événement illustrent parfois suffisamment le manque de liberté et la violence que l’homme a vécue, pour qu’il en reste une trace indélébile pour chacun.


« Flaubert a dit de lui-même qu'il était « un homme-plume ». Moi, je peux dire que je suis « une femme-oreille ». Quand je marche dans la rue et que je surprends des mots, des phrases, des exclamations, je me dis toujours : combien de romans qui disparaissent sans laisser de traces ! Qui disparaissent dans le temps. Dans les ténèbres. Il y a toute une partie de la vie humaine, celle des conversations, que nous n'arrivons pas à conquérir pour la littérature. Nous ne l'avons pas encore appréciée à sa juste valeur, elle ne nous étonne pas, ne nous passionne pas. Moi, elle m'a envoûtée, elle a fait de moi sa prisonnière. J'aime la façon dont parlent les gens ... J'aime les voix humaines solitaires. C'est ce que j'aime le plus, c'est ma passion ». [Extrait du discours de réception du prix Nobel de littérature, prononcé le 7 décembre 2015 - traduit du russe par Sophie Benech]


Quelques jours après s'être vu décerner le Prix Nobel de littérature « pour son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque », Svetlana Alexievitch évoquait l'ensemble de son œuvre au Théâtre de l'Odéon, à l'invitation de France Culture.


« Un événement raconté par une personne est son destin. Raconté par plusieurs, il devient l’Histoire. Voilà le plus difficile, concilier les deux vérités, la personnelle et la générale.Et l’homme d’aujourd’hui se trouve à la fracture de deux époques …» (p.586)


Sources :

https://www.actes-sud.fr/node/53321

https://fr.wikipedia.org/wiki/Svetlana_Alexievitch#Critiques

https://www.babelio.com/auteur/Svetlana-Alexievitch/23143


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