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Pourquoi une telle violence ?



La violence sur les personnes est un sujet qui émerge avec âpreté dans cette rentrée littéraire et cinématographique, la parole et les actes sont ancrés dans des univers réels sans limites. Cela peut nous aider à penser.


Les travailleurs sociaux sont à juste titre pris au quotidien entre la relation d’aide et la violence bestiale, animale, tribale qui fige, ébranle, émeut : « De cet entretien catastrophique qui m’a occupée toute la matinée, je ne peux oublier l’angoisse que j’ai lu dans les yeux d’Arnaud. Cet enfant est maltraité… » p. 141 Petites histoires de grands moments éducatifs. Comment cette maltraitance est-elle prise en compte dans les équipes ? Comment chacun trouve-t-il la ressource pour répondre dans l’ici et maintenant à cette violence insupportable ? Comment la surmonter sans être sidéré ?


Trois jeunes créateurs m’ont happée ces derniers jours du fait de ce thème commun qui les relie :


Guillaume Perilhou pour le livre Ils vont tuer vos fils (éditions de l’Observatoire) nous raconte sa propre histoire à partir de son journal écrit en hôpital psychiatrique. Ce premier roman est fort car nous entrons de plein fouet dans l’histoire de Guillaume à son adolescence. « On pensa que j’avais été élevé dans la haine de mon père. L’aide sociale à l’enfance demanda le retrait de l’autorité parentale de ma mère, estimant qu’il était préférable que j’arrête de me rendre chez elle le week-end…Les attendus du jugement voulaient permettre un travail de révision de mon monde intérieur. Il ne fallait plus que je voie ma mère pour devenir un homme. » Parcours difficile pour Guillaume qui se fait appeler Raffaella et qui trouvera dans la compensation par le sexe gay un dérivatif, ne soignant pas sa schizophrénie. Une éducation ratée, une vie difficile, une identité introuvable. L’auteur démasque tout en alternant entre le présent et le passé, lui-même dans la confusion, il aura besoin d’un placement et ensuite d’une aide psychiatrique. L’amour de l’autre sera une réponse trop momentanée. De très belles pages, très émouvantes dans sa rencontre avec cette société « hétéronormé » et violente dès son jeune âge. La vie en hôpital psychiatrique sera, en quelque sorte, un refuge imposé. Ce livre est sincère, brutal comme la vie de Guillaume qui a démarré dans une sombre famille.

https://www.babelio.com/livres/Perilhou-Ils-vont-tuer-vos-fils/1428671


Le film Rodéo , premier long métrage (coup de cœur du jury à Cannes) de la réalisatrice Lola Quivoron, centré sur la thématique de la rodéo urbaine, m’a littéralement ébranlé. La violence arrive de tous les côtés. Julia, la jeune héroïne vit dans un monde dur, et veut s’en sortir coûte que coûte car elle adore la moto, et ne veut vivre que pour ça. Sans cesse dans l’illégalité, elle va se confronter à un monde masculin, sans retenu, machiste et intolérant. Ce film suscite des débats car il se présente dans le bruit et la fureur, hors la loi. Entre réalité et fiction, ce film énergique dérange, interpelle et nous fait entrer de force dans cette violence malgré nous. Qui existe et qu’il faut connaître…Je le conseille pour en parler, pour comprendre, pour ne pas passer à côté de cette vie où la violence est le langage commun.

https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=298736.html


https://filmsdulosange.com/film/rodeo/


Enfin, Sarah Jollien-Fardel avec Sa préférée, nous entraîne par la fiction dans la vie de Jeanne, une jeune suisse des montagnes valaisannes où tout se sait et personne ne dit rien. Trois femmes, la mère et les deux filles sont sous l’emprise d’un homme alcoolique et violent. L’auteure est au plus proche de cette narratrice qui va nous raconter entre le passé et le présent les affres de la violence incontrôlée de ce père : « il parle fort, il est déjà écarlate, il ouvre et ferme les mains, il bombe le torse, épaules en arrière pour mieux impressionner. J’ai peur, j’ai tellement peur, je baisse la tête. ». Sa sœur sera la première victime. Elle se suicidera. Jeanne, se protège grâce aux études, elle pourra partir de chez elle en internat. L’amour de l’autre sera comme dans le premier roman, une fuite en avant. Le besoin de tendresse féminine sera son premier choix. Néanmoins, cette violence laissera des traces profondes et le soutien psychologique de Jeanne sera nécessaire. On ne peut pas se dépêtré de la violence aussi facilement. L’écriture est poignante, originale par le vocabulaire.


Ce premier roman est haletant, l’auteure, journaliste a déjà reçu le prix Fnac 2022


https://www.swediteur.com/sa-preferee-de-sarah-jollien-fardel-laureate-du-prix-du-roman-fnac-2022-mercredi-31-aout-2022-2/


Trois créateurs qui ont besoin de dire la colère, l’absurdité de la vie, son horreur. La violence est d’actualité et il faut en parler.


Thème de la Grande Librairie du mercredi 07 septembre 2022 https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-15/3843760-emission-du-mercredi-7-septembre-2022.html


Livre consulté : Sous la direction de François Hébert, Catherine Saint-Honoré, Geoffroy Willo-Toke Petites histoires de grands moments éducatifs, Des travailleurs sociaux racontent Edition L’harmattan (2019)


Marie-Odile


Ressources :


La place de la violence dans le travail social (Guy Bajoit) : https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2005-2-page-119.htm


Comment agir face à la violence ? (Ecrire pour et sur le travail social – Didier Dubasque) : https://dubasque.org/faire-face-a-la-violence/


Lien social : https://www.lien-social.com/Violence-391












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