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Quand la littérature ouvre sur le monde...

Dernière mise à jour : 8 avr.


Quand la littérature ouvre sur le monde de l’adolescence


Je n’ai pas tant lu que cela à l’adolescence, toujours à aller quérir la rencontre avec les amis, mais le sujet de l’adolescence est un thème que j’explore avec un énorme intérêt dans la littérature. Plusieurs auteurs m’ont emmenée dans cette découverte du monde de la jeunesse autant, sur le plan professionnel, en sociologie, en anthropologie, en psychiatrie que dans les romans. L’adolescence est une phase de la vie tellement riche avec tant de facettes, et tant de changements ! La littérature me permet de vivre ces bouleversements avec intensité et de les approfondir. La liste des livres sur l’adolescence qui me vient en mémoire est impressionnante, les livres de Ferrante, par exemple, ont été un joyau de renaissance.


Les journaux d’adolescents sont aussi tellement touchants.


Mais récemment, ceux que j’ai en tête sont les ouvrages de Nicolas Mathieu


D’abord Leurs enfants après eux (Goncourt 2018) où l’adolescent peut être triste, en souffrance, dans l’exploration de sa vie, ou plutôt de sa survie, dans son désir de liberté, dans la violence, dans la confusion des sentiments, dans la créativité du fait que le monde qui l’entoure s’écroule.


En retrouvant Nicolas Mathieu dans Connemara, je retrouve sa blessure et peut-être sans doute la mienne à l’adolescence. Cette transformation physique et psychique qui est tellement bien décrite en profondeur dans cet ouvrage. Ce passage entre deux, entre l’enfance et l’âge adulte, cette blessure qui met du temps à se cicatriser, l’auteur sait ce dont il parle, il plonge dans les détails des moments intenses de cette période. C’est à l’adolescence que l’on se découvre dans une construction identitaire et que tout se joue.


« L'adolescence est un assassinat prémédité de longue date et le cadavre de leur famille telle qu'elle fut gît déjà sur le bord du chemin. Il faut désormais réinventer des rôles, admettre des distances nouvelles, composer avec les monstruosités et les ruades. Le corps est encore chaud. Il tressaille. Mais ce qui existait, l'enfance et ses tendresses évidentes, le règne indiscuté des adultes et la gamine pile au centre, le cocon et la ouate, les vacances à La Grande-Motte et les dimanches entre soi, tout cela vient de crever. On n'y reviendra plus.


Alors Mireille regarde sa fille (Hélène). Elle l'envie, lui en veut, elle voudrait la toucher. L'amour au-dedans lui fait mal. Elle pense petite idiote, mon cœur, grande saucisse, ma chérie, pour qui tu te prends, ne t'en va pas. Elle est si fière. Elle a tellement de peine à lâcher. »


Les deux personnages principaux de ce livre Hélène et Christophe veulent retrouver ces moments forts de l’adolescence alors qu’ils sont dans le mitan de leur vie. Pourquoi rallumer cette flamme, pourquoi revenir sur un désir enfoui ? Pourquoi regarder en face l’adolescent que l’on a été ?

C’est quand Hélène demande à Mireille, sa mère, d’aller chez son amie en vacances, quand elle reproche à ses parents leur petitesse de vie l’été à la Grande Motte, que le pas est fait, que l’acte violent est posé et que la séparation va avoir lieu. Quelle épreuve pour les parents de leur fille unique, quelles belles scènes déchirantes et cyniques : préférer l’île de Ré à La Grande Motte ! Le bilan a lieu alors, quand par la suite Hélène va être déçue par sa propre amie, Charlotte, alors qu’elle lit son journal intime en cachette. L’illusion de l’Autre, quel adolescent ne s’est pas engouffré dans ce désir de trouver chez l’autre la liberté, la confiance en soi, l’amour ou le mirage de l’amour. Cette illusion de réussite qu’Hélène recherche dans l’autre famille de son amie est formidablement décrite. L’adolescence c’est une confrontation de deux mondes en permanence. Le monde d’en bas, sa famille, des parents qui sont dans un entre soi ridicule et la vrai vie, la carrière, la réussite aux yeux d’Hélène, c’est ainsi qu’il faut être en se démarquant des autres. Mais ce transfuge de classe qu’elle s’est acharnée à conquérir va lui revenir en pleine figure, alors qu’elle est adulte. Le seul remède revenir aux confins de l’adolescence et à ses moments les plus précieux.


Merci à ces auteurs d’explorer aussi bien cette période si complexe.


Marie-Odile


La sociologue Bénédicte de Lataulade nous offre une autre lecture de ce livre. Elle est sensible aux descriptions de Nicolas Mathieu. Comme peuvent l'être celles et ceux qui lisent des rapports éducatifs ou sociaux. Comme doivent l'être celles et ceux qui écrivent des rapports.


"C’est l’ensemble des descriptions qui structurent le roman, la somme des détails qui en fait sa vraie force. Le vocabulaire utilisé est extrêmement précis et référencé par rapport à l’univers décrit".

Connemara II
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