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Travail social : après le livre vert, le livre blanc et, pourquoi pas, le livre rouge des colères

Dernière mise à jour : 16 mars



Haut conseil du travail social – 15 mars 2022


A la suite de la « Conférence des métiers de l’accompagnement social et médico-social » du 18 février et de la remise de son « Livre vert du travail social » au ministre des solidarités et de la santé, le Haut conseil du travail social (HCTS) a organisé une "matinée d'échanges" qui fut une suite d'interventions dont a été souvent exclu le millier de personnes inscrites en raison d'un filtrage des questions et du temps accordé au débat.


A cette occasion, le nouveau président du Haut conseil du travail social a annoncé la publication d’un livre blanc du travail social d'ici la fin de l'année.


Nous espérions entendre des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux en ce jour exceptionnel où les invisibles seraient visibles.


Nous avons dû attendre la troisième et dernière table ronde pour enfin entendre un technicien de l’intervention sociale et familiale (TISF) qui, avec authenticité et simplicité, a parlé de son métier.


2 heures après la première intervention !


Alors que la journaliste qui anime la table ronde lui demande pourquoi il a choisi ce métier, il préfère parler de son expérience, de son travail au domicile des familles qu’il accompagne, au cœur de leur intimité. Il revendique « poser des actes concrets » ou « agir concrètement ». Il partage sa conviction en l’importance d’un quotidien synonyme d’une ouverture à l’autre. Le quotidien serait la porte d’entrée qu’emprunterait le TISF pour établir une relation avec une famille et mener un travail de prévention ou de réparation. Or, aujourd’hui, il regrette d’être plus dans la réparation que dans la prévention. D’être ainsi convoqué du côté de la réparation est loin d’être neutre. Cela exige beaucoup plus d’investissement, à la fois professionnel et personnel, car il est nécessaire de rechercher des réponses en dehors du temps de travail, sur un temps forcément personnel. Il a le sentiment de faire du bricolage. Il a une vision quelque peu négative de ce bricolage : « le terme bricolage n’est pas très joli » dit-il. Dommage qu’il en ait cette vision car nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui revendiquent avec fierté cet art du bricolage, convaincus de disposer d’une boite à outils qu’ils ne cessent d’enrichir à partir de nouvelles expériences professionnelles, de formations complémentaires, ou, plus simplement, en échangeant avec leurs collègues devant un café. Mais peut-être n’a-t-il pas la chance de vivre ces moments que Paul Fustier qualifiait d’interstitiels. Il avoue des moments de solitude : « on est tout seul » dit-il. On l’imagine bien allant d’une mission à l’autre sans pouvoir se ressourcer auprès d’une équipe professionnelle. Il regrette « un manque d’étayage, de partenariat ». Il peut observer des services dysfonctionner en raison de sous-effectifs. Il cite ce sentiment d’impuissance face à la situation d’un enfant en situation de handicap pour qui on ne peut pas trouver de solution faute de structures adaptées. Et pourtant, « on tient ». Dans son service, il n’y que 2 heures de réunion mensuelle car dit-il la facturation à l’heure ne permet pas de financer ce temps de travail. Aucun temps de synthèse avec les partenaires n’est possible. Pour les mêmes raisons.


3 heures et demi étaient prévues par le Haut conseil du travail social (HCTS) à l’occasion de cette journée internationale du travail social.


10 minutes ont été consacrées au travail social en pratiques.


10 minutes suffisantes pour mieux percevoir le manque de moyens, la souffrance au travail car il est devenu impossible de bien faire son travail.


Une revalorisation du travail social, des travailleurs sociaux et travailleuses sociales, supposerait qu’ils aient la parole, a minima la moitié du temps prévu dans ce type d’évènement, pour dire ce qu’ils font, tout simplement.

Cette intervention a eu le grand mérite de nous plonger enfin au plus près de ce que vivent aujourd’hui les professionnel.le.s du travail social.


A travers des dizaines d’exemples, nous pourrions écrire un livre rouge du travail social en colère, bien plus riche qu’un livre vert ou blanc.


Pour mieux connaitre le métier de TISF, nous pouvons lire ou relire ce témoignage paru dans Le Média Social.

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