Lettre à la Commission professionnelle consultative (CPC) du travail social et de l’intervention sociale

29/04/2016

 

 

A l’attention des membres de

la Commission professionnelle consultative (CPC)

du travail social et de l’intervention sociale

 

 

Paris, le 10 avril 2016

Mesdames, Messieurs,

 

 

 

Vous siégez à la Commission professionnelle consultative (CPC) du travail social et de l’intervention sociale et avez été, à ce titre, destinataire d’un rapport signé par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et Lafayette associés en vue de son examen lors de la dernière CPC. Cette réunion s’inscrit dans un contexte particulier puisque Madame Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre les exclusions,vous a demandé officiellement, le 10 février 2016, « de préparer la réingénierie de l'ensemble des formations sociales, afin qu'elles s'ordonnent dans une architecture harmonieuse du niveau V au niveau I autour d'un corpus commun de connaissances qui valorise l'expertise propre du travail social et qu'elles s'inscrivent dans un parcours conduisant à des grades universitaires ».

Nulle publicité de ce rapport et des débats de la CPC n’a été faite. Nous le regrettons car nous sommes convaincus que se joue dans cette commission l’avenir du travail social voire son existence. Un débat entre experts ne saurait répondre à ces enjeux. Les travailleurs sociaux se sont déjà exprimé à travers différentes mobilisations, ce qui a valu la mise en place d’une mission de concertation animée par Madame BrigitteBourguignonqui, dans son rapport présenté le 2 septembre 2015, préconisait « une étude sur les schémas d'emploi du secteur social, médico-social et de l'intervention sociale, y compris l'animation, appuyée sur les observatoires de branche et le CNFPT et conduite par la DREES, la MIRE et/ou l'IGAS afin de mesurer la pertinence d'une réingénierie globale des 14 diplômes de travail social ».

Où en sommes-nous ? Très loin si l’on en croit le rapport de la DGCS et Lafayette associés qui conclut à la nécessité d’une réingénierie des diplômes du travail à partir d’une étude indigente dont la seule préoccupation est, semble-t-il, de répondre à une commande qui n’est d’ailleurs pas précisée. Comment les membres de la CPC ont-ils réagi à cette étude qui multiplie les erreurs et les approximations, qui ignore les nombreux travaux réalisés et toute démarche méthodologique, qui se distingue par une absence de références théoriques et bibliographiques ? Quelques exemples :

 

  • l’étude cite une définition du travail social qu’elle n’attribue pas au bon auteur ;

  • cette définition de 1971 se veut « un essai de définition du travail social » ;

  • l’étude présente les métiers du travail social à partir des fiches métiers du Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (ROME), sans faire référence à la publication de Jean-Marc Dutrénit (1996) : « Description et évolution des métiers du travail Social » ;

  • l’étude propose une approche « plus novatrice en se centrant sur les situations de travail » selon une démarche engagée dès 1999 par deux sociologues du CREDOC, Patrick Dubéchot et Emmanuel Labeyrie, avec pour objectif alors de construire  un référentiel de situations professionnelles selon les pratiques ou méthodes.

  • l’étude s’appuie sur une étude « des guides méthodologiques produits par les organismes (Ministère de l’Agriculture) » ;

  • etc.

 

En conclusion, ce rapport d’étude reconnait :

  • la pertinence d’un socle unique pour les formations de niveau III ;

  • la pertinence d’une spécialisation selon les champs d’intervention ;

  • la pertinence d’un accès au niveau II pour tous les diplômes de niveau III ;

  • la pertinence d’intégrer le diplôme d’Etat de moniteur éducateur parmi les diplômes de niveau III, voire de niveau II ;

  • la pertinence du terrain comme « moyen d’acquérir les comportements adaptés ».

 

Il propose de réécrire les référentiels professionnels des différents diplômes du travail social à partir d’un lexique commun, de redéfinir les figures d’emploi, de reconnaître l’alternance intégrative et la VAE.

 

A la lecture de ce rapport d’étude qui promeut une logique de compétences au détriment d’une logique de métiers, qui méconnait l’histoire des métiers et des nombreux travaux qui ont participé à la construction des identités professionnelles, nous nous sentons invisibles, méprisés, d’où notre colère, notre indignation à l’origine déjà de « Debout pour nos métiers » (novembre 2014).

Vous qui siégez à la CPC, vous pouvez aider au débat démocratique autour du travail social en communiquant vos réactions, suggestions et propositions. En prenant la parole publiquement, vous ferez vivre la réflexion autour d’un travail social ambitieux, créatif, inventif. Nous vous remercions de participer à l’avenir de nos métiers, à leur visibilité, à leur légitimité et reconnaissance.Nous sommes fiers de nos métiers qui valent mieux que ce rapport d’étude, daté de juin 2015, et son examen en catimini.

 

Nous vous prions de croire en nos fraternelles salutations.

 

 

Le collectif Avenir Educs

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