FACE A L'ADVERSITÉ SOCIALE, LES TRAVAILLEURS SOCIAUX RESTENT DEBOUT ET DEVIENNENT COLLECTIVEMENT PLUS FORTS !

01/06/2016

 

Mai-Juin 2016

 

 

Lors de la Manifestation contre la loi travail jeudi 26 mai 2016 à Paris, Guillaume F, un éducateur de jeunes enfants, s’est trouvé pris dans une charge des CRS alors qu’il assistait pacifiquement à l’arrivée des cortèges près de la place de la Nation.

 

Bien que gravement molesté et arbitrairement placé en garde à vue, cet homme engagé syndicalement, et éducateur de jeunes enfants expérimenté, a su rester digne. Bien que physiquement rabaissé, ce travailleur social et militant est resté humainement debout, porté par des convictions qui ne sont en rien destructrices mais bien au contraire génératrices de solidarités plus fortes ! Il faut voir dans la situation de ce collègue victime de violences policières arbitraires, comme beaucoup trop de citoyens, il est vrai, y compris des journalistes, un symbole. Oui, le symbole de la manière dont on traite les travailleurs sociaux aujourd’hui. Jetés plus bas que terre, malmenés dans leurs environnements de travail, du secteur spécialisé jusqu’à la petite enfance lorsqu’ils tentent de défendre la valeur de leurs métiers. Ce manque de considération en dit long finalement aussi, sur la façon dont les pouvoirs publics considèrent véritablement les personnes que ces travailleurs sociaux accompagnent. Au-delà de la violence physique inacceptable dont a été victime cet éducateur de jeunes enfants, comment ne pas voir aussi une violence sociale. Violence sociale qui s’exerce par le manque de reconnaissance des travailleurs sociaux. Comment s’étonner alors qu’ils soient de plus en plus nombreux à manifester dans la rue pour défendre leur travail et à tenter de résister quotidiennement à la tyrannie des normes, des politiques du chiffre et d’évaluations désincarnées, pour maintenir des accompagnements de qualité.

 

Le Collectif aveniréducs dénonce depuis longtemps et avec les syndicats plus récemment, l’énorme problème éthique que posent, aux travailleurs sociaux, les appels à projet comme modalité incontournable de fonctionnement des structures du secteur social, pour refuser effectivement, ce double processus de bureaucratisation et de commercialisation du travail social et médico-social. Comment imaginer que la Loi Travail contre laquelle Guillaume défilait pacifiquement et contre laquelle la très grande majorité des travailleurs est, vent de bout, mobilisée, ne viendra pas gravement amplifier un processus malheureusement déjà à l’œuvre dans nos secteurs professionnels.

 

De nombreuses associations et les travailleurs sociaux de Seine-St-Denis, ainsi que d'autres départements d’Ile-de-France comme de l’ensemble du territoire, refusent de devenir les otages d’objectifs à visées prioritairement financières. Ils refusent d’assister passivement à une vampirisation de la politique de solidarité qui relève de la puissance publique, par le modèle du secteur marchand. Car, comme dans beaucoup de pans de notre vie quotidienne, la bureaucratisation du travail social, dont les appels à projets sont un des plus dangereux avatars, signe l’imposition de règles impersonnelles et particulièrement inadaptées à nos différents domaines d’intervention comme l’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité.

Sous couvert de rationalité managériale et de mythification du modèle entrepreneurial, se dessine un contrôle de plus en plus intense des publics accompagnés et des travailleurs sociaux dans leur ensemble. Contrôle qui vise aussi à dissoudre les valeurs de confiance, et de solidarité qui nous portent dans nos différents secteurs d’intervention. Cette logique est également à l’œuvre dans le champ de la formation aux métiers du social, dans la tentative toujours aussi forte de refonte des diplômes visant à détruire les identités de métiers.

 

Face à la gestion qui tente de s’imposer comme la seule grammaire du travail social, face à la doxa concurrentielle qui tend à devenir l’alpha et l’oméga des projets institutionnels, face enfin à la marchandisation croissante des modes d’accueil, d’accompagnement et des relations d’aide, nous dénonçons, en défilant dans la rue et par de nombreuses actions militantes, ce qui relève d’une fable dévastatrice : réduire tous les sphères de vie sociale à la logique du marché.

 

Cette fable, qu’on présente comme ayant force de loi, alors que de plus en plus de citoyens s’y opposent, peut, comme ce fut le cas jeudi dernier, entraîner ceux qui portent cette mystification, à instrumentaliser la force publique (qui a pourtant pour vocation première de servir et de protéger les citoyens), pour museler et écraser de légitimes contestations.

 

Nous dénonçons ces répressions, et ce d'autant plus que notre engagement comme notre vie quotidienne et professionnelle sont faits de la construction d'un monde vécu en commun. Nous établissons, comme récemment lors d’un Festival du travail social, à Bobigny, des espaces d’échange, de soutien, et des ponts de solidarité.

Nous le faisons et continuerons à le faire. Pas seulement, comme ce fut le cas il y a quelques jours pour cet éducateur, lorsque des camarades sont arbitrairement maltraités, nous agissons car nous avons le souci de l’avenir. De l’avenir de la pluralité et de la complémentarité de nos métiers, et le souci de l’avenir des enfants, adolescents, adultes auprès de qui nous intervenons.

Comme « l’Homme révolté » de Camus, nous sommes ceux qui disent Non ! Et si nous sommes capables de dire « non », c’est parce que nous avons déjà dit oui, et depuis longtemps, à quelque chose de fondamental : la valeur des accompagnements humanisants !

 

Nous refusons mais nous ne renonçons pas. Par nos actions de résistances coordonnées et pacifiques, nous devenons plus que nous-mêmes et renforçons ensemble notre résistance et notre pouvoir d’agir face aux logiques qui tendent à nous isoler, à nous enfermer. Etudiants, travailleurs sociaux, soignants, formateurs, nous continuerons à soutenir nos camarades, collègues, étudiants lorsqu’ils luttent contre l’insupportable envahissement de nos secteurs par des logiques bureaucratiques et financières, et défendent soins et soutiens, en vue du mieux-être et de l’émancipation des personnes!

 

Comme Guillaume injustement maltraité, qui au sortir de sa garde à vue arbitraire et infondée, nous rappelait «La lutte continue », NOUS NE DEVONS PAS NOUS INCLINER FACE À LA MARCHANDISATION CROISSANTE DU TRAVAIL SOCIAL ET MÉDICO-SOCIAL, FACE À UNE BUREAUCRATISATION GRANDISSANTE DE NOS MÉTIERS QUI NE PEUT QUE DÉBOUCHER SUR L’ABANDON RELATIONNEL DES PLUS FRAGILES ET DES TRAVAILLEURS SOCIAUX ET SOIGNANTS QUI LES ACCOMPAGNENT. OUI, NOUS DÉFENDONS AVEC FORCE ET CONVICTION CE BIEN PUBLIC INESTIMABLE QUE REPRÉSENTENT LES POLITIQUES SOCIALES ET DE SOLIDARITÉ POUR L’ENSEMBLE DE NOTRE SOCIÉTÉ !

 

 

Les membres du Collectif aveniréducs

 

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